Ecole d’Abomey Calavi (Bénin)

Avant d'entrer à proprement parler dans le sujet de la classe du Bénin, nous tenons à vous rappeler que nous ne voulons pas émettre de jugement de valeur sur les pratiques des enseignants, élèves et parents. Nous rapportons ici nos observations, et les témoignages donnés.

Calavi est une ville située à une dizaine de kilomètres de Menontin (banlieue de Cotonou, capitale du Bénin). Nous sommes mis en lien avec le directeur parce que la Mairie de Nandy a contribué à la réalisation d’une bibliothèque dans cette école par le biais d’une ONG. Cette bibliothèque ne fonctionne pas car il n’y a pas, d’après les dires du directeur, les ressources humaines nécessaires pour l’animer (nécessité de création d’un poste spécifique).

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Accompagnés de Donatien, nous sommes accueillis par le directeur qui écoute notre projet et nous demande la classe que nous souhaitons intégrer. Nous choisissons une classe de CE1 même s’il s’agit d’une classe à gros effectif (80 élèves).

Du point de vue des bâtiments, nous retrouvons le même type qu’au Sénégal. Une école avec des blocs de béton dans lesquels trois classes sont séparées. Des ouvertures dans les murs en guise de fenêtre, des toits de tôle, des volets et une porte métallique pour fermer les ouvertures et une cour de récréation en terre rouge avec un gros arbre au milieu pour faire de l’ombre pendant les moments les plus chauds de l’année. A l’arrière des bâtiments, un emplacement dans la cour pour que les mamans puissent venir vendre des petits beignets à la récréation, des toilettes et un tat de déchets.

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L’école possède l’électricité pour quelques salles (bureau du directeur, salle de bibliothèque, une ou deux salles de classe) mais la plupart des classes n’ont pas le courant.
Le système scolaire élémentaire se décompose comme suit pour finir le cursus élémentaire :
–    Le Cours d’Initiation (CI)
–    Le Cours Préparatoire (CP)
–    Le Cours Elémentaire 1 (CE1)
–    Le Cours Elémentaire 2 (CE2)
–    Le Cours Moyen 1ère année (CM1)
–    Le Cours Moyen 2ème année (CM2) à l’issue duquel un examen permettra de déterminer si un passage au collège est possible.
Le contenu des programmes est pour l’essentiel semblable à celui de la France ou du Sénégal.

Maitresse explique classe, assise sur bureau

L’entrée à l’école se fait à 7 ans et la fin du cursus élémentaire devrait être à 14 ans avec des changements de papiers d’identité pour pouvoir permettre, notamment aux filles de terminer leurs cycles jusqu’à 17 ans parfois. La grossesse des jeunes filles est acceptée à l’école où elles peuvent se rendre jusqu’au moment de l’accouchement et revenir 15 jours après. Encore faut-il qu’elles n’aient pas honte ou qu’elles n’en soient pas une pour leurs familles.

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L’éducation à la maison est très stricte, les enfants ont des tâches à réaliser et ne se confrontent directement pas à l’adulte. A l’école, l’éducation est aussi très stricte mais une loi interdit les « châtiments corporels ». Les enseignants hésitent à en faire usage. Et ils expliquent que par interdiction des châtiments corporels, on entend prohiber l’ « acharnement » contre les élèves qui pouvait, par le passé, être roués de coups. Cela n’empêchant pas de donner une correction à coup de bâtons ou d’oreilles tirées pour éduquer au mieux les élèves.

L’enseignant est méfiant vis-à-vis de la loi et fait davantage attention à ne pas abuser du châtiment corporel et notamment à ne pas laisser de marques sur l’élève. Les parents sont, eux, entièrement libres d’agir comme ils le souhaitent et nous avons été témoin, au sein de la classe devant tous les élèves, qu’un père a donné une dizaine de claques au visage de son enfant parce qu’à plusieurs reprises il était venu à l’école avec des objets coupants (couteaux, ciseaux) et qu’il chiquait ses camarades.
Par ailleurs, il y a un chef de classe qui est chargé d’assurer l’ordre quand l’enseignant s’absente (ce qui arrive très régulièrement) ou qu’il est occupé (par une correction de devoirs par exemple). Cet élève a fait usage, à plusieurs reprises, d’un ceinturon pour se faire entendre de ses camarades. Il les a tapé au niveau des jambes ou du tronc. Les plus grands de la classe (plus grands que lui) ont montré plusieurs fois qu’ils mettaient des limites à son autorité.

Tableau de plannification de la journée

Lors d’une leçon de communication orale. La consigne, écrite au tableau, était la suivante : Je parle de ce que j’ai fais ou refusé de ce que je fais et qui a mis mes parents en colère. » Après avoir interrogé les enfants sur ce thème, l’enseignante expliquait aux enfants comment et pourquoi il fallait écouter et faire ce que les parents demandent. Les exemples donnés par tous les enfants étaient, « je n’ai pas fait ceci et papa m’a frappé. » L’enseignante faisait donc dire à l’enfant : « Si je ne veux pas que papa me frappe je dois lui faire plaisir et faire ce qu’il me demande. »
Ce qui pourrait sembler paradoxal à ces méthodes sévères est que l’enseignante incite les enfants à se soutenir et à s’encourager mutuellement. Lorsqu’un élève donne une bonne réponse le reste de la classe applaudit et crie « super » en direction de cet élève.

Fille craie blanche sur front

La plus grosse difficulté pour les élèves est de suivre le programme en français car dans les familles, les enfants ne parlent que la langue locale, pour la plupart le fon. Une jeune fille de 11 ans que nous avons suivi dans sa famille était recueillie par son oncle pour qu’elle aille à l’école car dans le village de ses parents (où à priori elle allait à l’école d’après les dires de l’oncle) elle n’était plus utile aux champs car elle était trop souvent malade. Elle a intégré le CE1 mais l’année prochaine, elle retournera au CI car elle ne parle pas un mot de français et qu’elle ne comprend pas les leçons et donc ne peut pas faire ses exercices. Ses cahiers ne comportent que quelques écritures qu’elle aura eu le temps de recopier au tableau.

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Nous avons vécu une journée de pluies diluviennes à l’école. Les volets fermés car l’eau entrait dans la classe qui se retrouve plongée dans le noir. L’institutrice à l’aide de son téléphone portable, se fait éclairer pour effectuer ses corrections puis s’absente.

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Les élèves sont livrés à eux-mêmes et la classe se transforme en aire de jeu sans loi avec des enfants qui crient, courent sur les tables… Alors que nous essayons de n’être qu’observateurs, nous intervenons auprès des élèves au bout de 3 heures car nous n’en pouvons plus de tout ce bruit. Avec le bâton de bois, nous tapons sur une table pour couvrir le bruit ambiant, rappelons à l’ordre et faisons défiler les élèves pour nous réciter des poésies apprises et nous chanter la chanson de leur choix. Tout ceci ce fait avec bonne humeur.

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L’enseignante était très accueillante vis-à-vis de nous et de nos enfants. Elle a pris un grand plaisir à faire participer Adan à la vie de la classe.

Niels, Chrystelle et Adan se font expliquer par maitresse 1

Pour remercier l’école de son accueil, Vincent a réalisé les photos de classe de l’ensemble de l'école.

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Nous espérons que ces photos leur ont été remises.
 

Retrouvez plus de photographies de notre voyage au Bénin sur le site du photographe Vincent Meyer

2 pensées sur “Ecole d’Abomey Calavi (Bénin)

  • avatar
    27 juillet 2011 à 8 h 47 min
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    Coucou,
    C'est dur comme reportage, il y a vraiment des enfants qui n'ont pas beaucoup chance pour démarrer dans la vie et à l'école.
    J'espère que vous allez bien. Nous venons enfin de récuperer un ordinateur pour suivre de nouveau votre voyage avec Viki. Victoria a prit l'avion seule la semaine dernière pour rejoindre ses grands parents à Antibes, elle a adoré!!!!
     

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    • avatar
      27 juillet 2011 à 18 h 41 min
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      Coucou la famille,
      Nous comprenons que cela puisse paraître dur. Nous ne prendrons pas parti comme nous le mentionnant jusqu'à présent. Ce que nous pouvons dire c'est que les gens qui vivent dans ces conditions là, ne connaissent que cela et semble trouver cette éducation "normale".  Les adultes ayant vécu la même chose auparavant et même les jeunes adultes répondent que c'est important d'être dur avec les enfants ainsi ils réussiront dans la vie parce qu'ils savent qu'ils peuvent endurer des conditions difficiles.
      Quand allez-vous rejoindre Viki ? Dites lui que je suis très fière d'elle qu'elle aie pris l'avion toute seule.
      Nous allons bien. Nous sommes maintenant au Brésil ou nous nous reposons car j'ai eu un petit coup dur et qu'il faut que je m'en remette avant de reprendre le sac à dos. Je suis tombée avec 35 kg de charges dont 25kg qui m'ont plaqué au sol et j'ai une côte déplacée. Mais tout va bien, je m'en remets dans un cadre idyllique alors…
      Bisous

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